On voit

Sexe, drogue et clair-obscur

Judith décapitant Holopherne, Caravage, 145 × 195 cm, 1598, Galerie nationale d'art ancien (Rome).

Quand j’ai entendu Caravage au Musée Jacquemart-André, je n’ai pas pu m’empêcher d’y courir. Alors oui, je vous voir venir : « tout le monde en a parlé, alors elle aussi ». Mais ce que vous ne savez pas, c’est que quand il s’agit du Caravage (ou n’importe quel autre grand nom de la peinture) on vous raconte toujours les mêmes choses, c’est à dire : pas grand chose du tout. Et nous, on fait pas comme les autres.

On se recentre 30sc

Déjà si je vous dit Caravage, normalement personne ne tilt. Normal, puisque quand on parle de Renaissance, à part Michel-Ange, Raphaël et Léonard, on connait pas vraiment les autres. Et pourtant, il y a mieux que les tortues ninja. Non mais c’est vrai, je dis ça parce que je suis passionnée, certes, mais la Renaissance est une période ultra riche en terme d’art, de découvertes et d’histoire. Il y a tellement d’anecdotes à raconter, on pourrait y passer des journées (vous êtes chauds ?). A l’époque, l’Italie était divisée en cours princières, et chaque cours à « son/ses » artiste(s), s’affrontent et sont rivales. Du coup, il y a plein gossip improbables ! Pour résumer, c’est un peu comme regarder Game of Thrones, il se passait vraiment trop de trucs.
Il faut savoir que la Renaissance s’étend sur plusieurs siècles, du XIIIe au XVIIe. A cette période, on redécouvre la littérature, les sciences, la philosophie ; on parle aussi de renouveau des échanges commerciaux ; on met en place de nouvelles manières de diffuser l’information. C’est la folie. Et en art, ça se caractérise par l’expression libre des artistes. Et ouais, après une longue période obscure (Camelot, le Moyen-Age tout ça tout ça) les mecs peuvent enfin kiffer. On fait péter les couleurs et la perspective. Car oui, avant ça, le monde était plat et c’était pas jojo.

Caravage ou le Sid Vicious du XVIIeme siècle

Caravage, lui, nait en 1571 et meurt en 1610. Vie courte mais palpitante. Il est donc présent dans la toute dernière période de la Renaissance et a complètement révolutionné la peinture du XVIIe.
Caravage est très connu pour ses clairs-obscurs (chiaroscuro pour faire genre en soirée), une technique qui met en contraste les lumières claires et des tonalités plus sombres pour faire ressortir les volumes et donner du relief à une toile, par exemple. Mais lui, il va beaucoup plus loin. On remarque sur certaines toiles des lumières très brillantes et des endroits qui sont complètement plongés dans le noir. Si vous cliquez la, vous allez tout de suite voir de quoi je parle.
Il va être largement critiqué puisqu’il utilise cette technique pour représenter des scènes religieuses. Alors que normalement, à l’époque quand on veut peindre une scène de la bible, on met de jolies couleurs, les personnages sont beaux, et même s’ils sont tristes, ils sont tristes-beaux ; et quand ils meurent, ils meurent-beaux. Caravage lui, il s’en fiche. Les scènes sont sombres, les personnages sont en souffrance, c’est glauque. On a absolument pas l’impression de regarder une reconstitution biblique. Bah ça, à l’époque… MOYEN. Surtout que le type ne s’arrête pas la. Non non. Parce que pour peindre la Vierge, les apôtres et Jésus, il utilise des modèles. Et pour ce faire, il choisit des voleurs, des assassins, des prostitués.. vivantes et mortes.. qu’il exhume lui même.. Charmant. Pour représenter Marie, c’est tendu.
Si vous cliquez  et que vous regardez La Mort de la Vierge, une scène normalement toujours mise en valeur, là on a froid dans le dos. Marie est morte, mais genre là tout de suite elle vient de mourir, elle est même un peu verte, on voit ses jambes nues. Pas de luxe, pas de glorification. Tous les personnages sont dans une pièce quasiment vide, les vêtement sont très simples, pas de riches étoles comme on peut le voir d’habitude. Et puis mettre Marie-Madeleine, le cou découvert, offert à la vue de tous les apôtres en premier plan, alors que la Vierge meurt : MAUVAIS GOUT MEC. Il cherche.
Haï, détesté, critiqué, il se bat constamment, un arrêt de mort à son encontre circule sur ordre du Pape (du Pape !!), il a du s’enfuir de Rome parce qu’il a tué quelqu’un. Il va a l’encontre de tous les codes, se représente constamment dans ses toiles, il peint d’ailleurs à même la toile, il ne signe quasiment jamais son travail. Il s’est même échappé de prison, il est gay et ne s’en cache pas puisqu’il peint son assistant (slash lover) comme sujet de ses toiles.
Bref, c’est un génie détesté et incompris, mais génie quand même. Et il le sait !

Une expo… comme les autres

Un génie que le musée Jacquemart-André a décidé de mettre à l’honneur et a donc organisé une expo comme les autres pour un artiste pas comme les autres. Vous l’avez bien compris, Caravage peint avec ses tripes et n’écoute que lui. Il se moque des codes de l’époque, et ce qu’il cherche c’est susciter l’émotion et créer un dialogue avec son spectateur. Il veut une expérience sensible. C’est pour cette raison qu’il s’inspire des gens qui l’entoure, des gens du peuple, pour que tout le monde puisse se reconnaitre dans ses toiles.
Et bien le Musée Jacquemart-André, une fois de plus, ne rend pas justice à son travail.
Attention, je prends toujours beaucoup de plaisir à voir leurs expositions et là, pouvoir admirer 10 Caravage c’était fou ! Mais encore une fois, j’ai apprécié parce que je connais son histoire, son parcours et que je m’intéresse à cette période. Si j’avais voulu découvrir l’artiste ben…. Je me serais sentie bien seule.
Pour accéder à l’exposition, il faut parcourir tout le musée. Alors c’est chouette, ça nous permet de voir et de re(x100000)voir les collections permanentes.
Je salue le petit film pour couper le parcours en deux. Un petit écran qui parle dans les très grandes lignes de la vie de l’artiste, c’est pas mal, ça met en appétit.
C’est moins chouette quand on arrive enfin a destination. Je ne parlerai pas de la foule parce que je comprends bien trop l’engouement pour cet événement, même si c’est pas hyper optimal de regarder les oeuvres dont tu rêves depuis des années sur la pointe des pieds.
Le thème de l’exposition c’est « Caravage à Rome, amis et ennemis » et on peut donc voir des merveilles de l’artiste ainsi que les chefs-d’oeuvre de ses contemporains. Or, les explications sont très sommaires, on passe rapidement les problématiques de l’époque et lorsque l’on confronte un Caravage à un autre tableau, on survole vaguement le sujet et ça s’arrête là. Ce qui est dommage, dommage, dommage.
Le Musée a réussi à faire venir des pépites du monde entier dans un seul et même endroit, à débourser plus d’un million et demi d’euros (je répète plus d’un million et demi d’euros). Ca aurait pu être cool, après ce n’est que mon avis, de faire en sorte que TOUT le monde vienne profiter de la chose. Ma foi, c’est jouable. Le Musée en plus n’est pas loin de St Lazare, point central, on peut donc normalement à peu près tous y accéder. Il suffit de faire des kartel (ok c’est avec un c mais c’était drôle) sympathiques, ludiques, des explications fun, une communication adaptée et je suis sûre qu’il aurait conquis les foules. Au lieu de ça bah, tu connais déjà donc t’es content de l’expo, tu connais pas, tu sais même pas que ça a lieu. Je me répète mais c’est dommage. Quand je sais que le mec a peint 60 tableaux à peine, que Jacquemart-André à réussi à en faire venir 10, en plus de sa période romaine, moi je suis en délire. J’étais au concert de Britney quand j’ai vu Judith décapitant Holopherne. Je sautais sur place, je prenais des photos en rafale, une groupie tu vois. J’avais de grandes attentes.
Les thèmes des salles reprennent plus ou moins la chronologie de sa vie, on voit Gentileschi ou encore Carache et Baglione.
On voit leurs noms, leurs oeuvres mais on ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils sont pour Caravage, du coup recontextualisation impossible sauf si, encore une fois, on a déjà des bases.
On voit le Saint Jérôme écrivant à côté au Saint François en Méditation de Crémone et on ne peut même pas apprécier la confrontation.
Et priver le public non initié de ça, ça ne se fait pas.

J’ai donc quitté le musée un peu mitigée : ultra contente de ce que j’avais vu, mais déçue d’avoir vu une fois de plus une expo hermétique.
Pour l’instant donc, je ne sais pas encore trop quoi en penser, si ce n’est qu’il faut que ça change ! Caravage était fun et Rock ‘N’ Roll et je suis sûre que son histoire plairait à beaucoup de gens. Je pense que s’il voyait que son public avait principalement 70 et 80 ans, il serait DE-GOU-TE.

Ca vous dirait une petite fiche sur Caravage ?

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