On réfléchit

Qu’est-ce qui fait une bonne exposition ?

Laure Prouvost Palais de Tokyo - © Candelaria

Pourquoi cet article ? Pour briller en société au prochain dîner de la boîte, certes, mais au fond pour aussi vous permettre de comprendre que les expositions ont un aspect pédagogique, elles permettent de réfléchir, de comprendre, de découvrir. Or réfléchir, c’est BON ! Et comprendre, on kiffe ! Et découvrir, c’est le pied ! Et puis on vous aura peut-être fait économiser 1h20 de file d’attente et un ticket à 15 balles pour voir un truc auquel vous n’avez rien capté. Bref, pour ne pas vous faire perdre votre temps !

On va donc vous présenter du point de vue du visiteur, les quelques grands principes qui font la qualité d’une exposition parmi celles que l’on voit placardées dans les couloirs du métro, dans les galeries ou dans espaces de créations plus alternatifs. Et le tout du point de vue du visiteur ! Mais avant tout, pardonnez-moi, il faut qu’on mentionne ce qu’est l’exposition et ce qu’elle a été. Vite fait, promis. Voici donc …

… l’histoire très très très raccourcie de l’exposition

On va donc mal commencer en se la jouant  très chiant chiant genre Wikipédia ou cours de latin, mais si on reprend l’étymologie du mot en question, exponere veut dire simplement « mettre en vue ». Globalement, on pourrait dire qu’une exposition est un concept, tant qu’il s’agit d’exposer quelque chose quelque part finalement.

Sous l’Antiquité par exemple, on montrait les grands trésors de guerre dans des lieux publics, rapportées des victoires et exposées au peuple. Dans les lieux de culte, on montrait la puissance des croyances, des peintures et sculptures à gogo en l’honneur des dieux (ahhh c’était une grande époque). Puis, avec le temps, les contenus exposés furent planqués dans des palais infranchissables, des églises surpuissantes ou des cabinets poussiéreux, dérobés à la vue du « peuple » : le clergé conservait les collections médiévales, les nobles de la Renaissance à la Cour… Puis avec les grandes découvertes ou les colonies, surgissait le besoin d’explorer de nouveaux horizons (ou de les conquérir hum hum)… et de l‘exhiber au monde entier !

Il y a eu les expositions à caractère colonial dans lesquelles on montrait parfois comme des gros porcs nos découvertes du nouveau monde (je pense aux cabarets sordides où on présentait des individus comme des bêtes de foires). Ce qui démontrait parfois avec violence notre incapacité à maîtriser l’inconnu, mais aussi et encore plus avec les expositions universelles : notre admiration pour les grandes découvertes, les innovations, les nouveaux liens possibles entre les civilisations. Plutôt cool en soi, même si ce fût un nid à polémiques et débats relevant surtout du jugement de goût (La Tour Eiffel par exemple, c’était moche).

De l’autre côté,  il y a eu les Salons d’art. On y montrait ce qui se faisait à l’époque en terme d’expression et de représentation.Y sont nés tous les courants / ruptures / écoles / mouvements / contre-mouvements etc.. en parallèle de la naissance des musées. Tout ça sur une assez longue période évidemment mais vous apprendrez bien mieux dans de très bons bouquins accessibles et passionnants (voir en bas de l’article). L’Histoire de l’art, c’est ça. Et l’exposition en est le temple.

L’art et la culture ont passionné beaucoup au fil du temps, si bien que ce sont créés des cercles sociaux et très spécifiques où sont nés de nouveaux rapports, formes d’expression (la critique), bref de nouveaux codes. Et on le verra plus bas, ces codes sont toujours valables !  Du coup, si on ne te donne pas la clé, difficile parfois de saisir où on veut en venir avec une exposition.

Depuis la nuit des temps, « exposer » exprimait le besoin de montrer nos découvertes, nos exploits, nos croyances. Mais comment et pourquoi le « montrer » aux autres ? Aujourd’hui la plupart des expositions sont accessibles au grand public, ou du moins tendent à l’être. On y expose toutes sortes de pièces, on y raconte toutes sortes d’histoires, si bien qu’on est un peu perdus. Mais oui ! Que répondre à la fameuse question : « Alors cette expo, c’était bien ? »

Vrouuuummm back to the future, on est en 2018. Alors alors ?

Qu’est ce qui fait une « bonne » exposition ?
#1 Le propos et le contenu

Les grandes rétrospectives attirent toujours les foules par leurs grands noms évocateurs. C’est d’ailleurs très vendeur pour les institutions, mais si ça leur garantit un public cela n’incite pas toujours à la découverte. Pourtant, on est d’accord que la thématique d’une exposition est essentielle, tout comme sa ligne directrice, son fil rouge et comment est-il présenté ? Si je ne comprends pas le pourquoi du comment et que je navigue d’une salle à une autre à chercher le lien, l’histoire, bah nada comme on dit chez moi. Heureusement, y a de plus en plus de choses mises en place pour tout ça.

Le contenu ? Quand même important pour une bonne expo. Parce que si t’as un titre hyper attrayant, mais qu’on te présente une crotte de chien en caoutchouc sur un socle, c’est ni des plus intéressants, ni des plus bandants. La qualité « plastique » est donc évidemment indispensable et à défaut de répondre à nos critères de beauté, doit fait preuve de caractéristiques techniques de qualité. Ou faire sens à son propos. Ou vous faire ressentir quelque chose, mais ça je vous en parle plus bas.

#2 Les explications/l’information clefs de la compréhension

Et on ouvre le bon vieux dico. À « exposition » on trouve à la définition suivante : « dire, présenter en expliquant ». C’est vrai que globalement on est censé aller voir des expositions pour apprendre des choses et pas seulement voir pour voir, puisque si t’écoutes Larousse, il faut que ce soit ex-pli-qué. Bon, revenons-y, le monde de l’art, parfois trop serré dans son slip, semble croire qu’on est né pourvu des codes de l’art et avec le don de comprendre la forme d’expression la plus wtf. Du coup, on est souvent lâché dans la fosse aux lions avec un A4 180gr bourré de mots auxquels on comprend que dalle. Oui, certaines institutions avoir zappé le sens du mot explication. Ou alors est ce qu’il faut vraiment un doctorat en histoire de l’art pour faire des expos ? Nous, on aurait davantage tendance à penser que l’aspect pédagogique est quand même primordial, et qu’on trouve ni plaisir ni intérêt à aller voir un artiste dans un musée juste pour dire qu’on l’a vu. Un art purement contemplatif alors que c’est le témoin de notre histoire, des techniques et des cultures ? Vade retro satanas.

Il y a donc tout ce qui sert au propos : les textes, les cartels (coucoucestnous) les plans, les visites, et même de plus en plus les médiateurs ! Pour réussir à vraiment prendre tout ce qu’il y a à prendre d’une exposition, il est hyper important que tous ces champs soient mis à contribution, mais avec une certaine accessibilité, des formats sympathiques comme des ateliers, des visites thématiques, des systèmes technologiques, etc. Tout ce qui permet de bien comprendre, apprendre sans s’en rendre compte, vous créer des souvenirs.

#3 L’expérience

Si ce n’est pas toujours super bien expliqué, on se dit qu’à défaut de sortir d’une exposition un peu moins con, on peut en sortir un peu moins insensible. De chialer toutes les larmes de son corps parce que l’on trouve ça beau, de rire parce que ça nous évoque des choses amusantes, de sourire car ça fait appel à nos souvenirs…. C’est ce qui rend l’exposition mémorable, c’est ce qui nous enrichit. D’où l’importance de « l’expérience » avec laquelle on vous bassine régulièrement. On a carrément le droit d’aimer ou de détester, ou bien merde de ne rien en savoir parce que ce n’est pas quelque chose qui nous touche, mais l’exposition doit avoir au moins la prétention de nous permettre de se poser des questions. Et pour ça, rien de mieux que de la rendre un peu plus « sensationnelle » dans son sens le plus basique, c’est-à-dire faire appel à nos sens, nos émotions. C’est d’ailleurs de plus en plus le cas avec les expos « immersives », rendues possibles grâce aux nouvelles technologies (les robots sont peut-être au service de notre sensibilité héhé) ou aux scénographies parois impressionnantes qui nous en mettent plein la vue, plein les oreilles, bref vous avez compris. Oui tiens, la scénographie. C’est un peu comme la sauce en cuisine, c’est ce qui au final lie tout ça ensemble : le propos, le contenu, les informations. C’est ce qui finit notre expérience global, notre parcours. Car on ne s’en rend pas toujours compte, mais l’appréhension de l’espace est fondamentale : c’est l’expérience physique. C’est donc un bon ingrédient pour expo réussie !

Et voici, et voilà, c’étaient donc les grandes clés desquelles dépendra votre visite d’une exposition !

La prochaine fois, emportez avec vous un jugement critique libre et une soif d’apprendre : c’est ce qui est important pour apprécier une exposition.

Sélection d’ouvrages accessibles pour en savoir un peu plus sur l’Histoire de l’Art :

  • La Grande Chronologie de l’art, Editions Phaidon, 2016
  • Tout sur l’art,  Auteur : Collectif, Édition Flammarion, 2016
  • Histoire de l’art pour tous, Nadeije Laneyrie-Dagen, Édition Hazan, 2011
  • L’Histoire de l’art Pour les Nuls, Dominique Williatte, Philippe Cachau et Jean-Jacques Breton, Édition First, 2006
  • Le Petit Larousse de l‘histoire de l’art, Vincent Brovielle, Edition Larousse, 2017

Laissez un commentaire